De la toison à la pelote de laine

Article écrit par Charlotte, le 28 mai 2018


Cette année, nous sommes allés rendre visite à la filature Fonty dans la Creuse. C’est là que nous faisons faire nos pelotes 100% laine à partir de la toison de notre troupeau de brebis.

Vous vous demandez comment on passe de la laine sur les moutons pour en arriver à de jolies pelotes à tricoter?

David et moi aussi. Nous avions bien des idées, mais la visite avec la chaleureuse équipe de Fonty a répondu à nos questions. Ainsi nous avons découvert tous les rouages de cette transformation sur un parc de machines mécaniques historiques qui fait partie du patrimoine industriel textile français.

De la toison des brebis aux pelotes de laine à tricoter : la tonte

Tout d’abord, la tonte.

D’abord, il ne faut pas oublier qu’avant tout la tonte est un soin important pour les brebis. Elles doivent être débarrassées de leur toison contenant des parasites et souillures. Elles ont aussi besoin d’enlever leur pull de laine pour l’été.

Saviez-vous que parfois, quand les brebis ont trop chaud, trop de laine, elles se mettent sur le dos pour se gratter et peuvent ainsi rester sur le dos sans réussir à se relever. Un mouton les quatre pattes en l’air dans un champ ce n’est jamais bon. Le berger passe régulièrement, sinon le mouton meurt. Pour ces raisons et d’autres encore, on ne peut pas s’abstenir de tondre.

Et puis la laine, c’est beau, c’est une matière noble que l’on peut travailler pour s’habiller, nous les humains.

 

Quelles toisons ?

Nous n’utilisons pas toute la laine de notre troupeau pour faire des pelotes, seulement la laine de nos Romney pour avoir une laine de qualité et agréable à porter.

Le travail préalable sur les toisons

Pendant la tonte, il faut très rapidement préparer les toisons qui seront triées par la suite. On jette la toison sur une table avec un grillage (c’est notre bricolage actuel). Là, j’enlève le bord de la toison, la laine feutrée et trop sale, avec des excréments. Il faut mettre la partie ventrale et la partie postérieure de la toison de côté au moment de la tonte car ce sont des parties trop sales.

Ensuite on plie et on roule la toison.

Plus tard, il faut trier la laine, nous n’envoyons pas les toisons à la laverie telles quelles.

La laine peut être feutrée, jaunie, cassante, pleine de bouts de ronces. Des ronces, oui oui certaines de nos brebis ont dû trouver un coin de nourriture sympathique sous une haie avec des ronces. D’autres aiment se créer des grains de beauté avec ces petites boules qui s’accrochent à tout ! Bon là ce n’est pas triable. Il faut enlever tout ce qui est végétal, car cela entraine des cassures dans la création du fil à la filature.

Départ de la laine pour la suite

Ensuite, nous remplissons des curons (grands sacs en toile de jute) que nous faisons livrer à la laverie.

Cette année, nous avons fait nous même le voyage pour les rencontrer.

De la toison des brebis aux pelotes de laine à tricoter : lavage

A la laverie, la laine est battue, pour être débarrassée des poussières restantes puis lavée pour enlever le suint sur les fibres de laine. Tout ceci avec des produits bio-dégradables. En vidéo ici.

La laverie a le certificat bio Ecocert.

Les toisons, déjà mises en morceaux pendant le tri à la ferme, ressortent en plein de petits morceaux de laine propre.

De la toison des brebis aux pelotes de laine à tricoter : la filature

Chez Fonty, dans la Creuse.

Une fois lavée, la laine mise en petits bouts par le lavage, part à la filature, dans des sacs où elle est particulièrement tassée pour prendre moins de place pour le transport.

Travail d’ouverture de la laine

Ces petits bouts de laine vont dans une machine qui va les aérer, les détasser. Cette opération permet d’”ouvrir” la laine, de la transformer en flocons.

Encimage

Les fibres vont ensuite passer par un encimeur pour les humidifier avec de l’eau et du lubrifiant pour permettre de les travailler. Ce serait impossible avec une matière trop sèche.

Filature cardée

Ensuite, ils envoient la bourre par système de tuyauterie dans le bâtiment en face, le tuyau passe sous la cour ! Il ne faut pas que ça se bouche…

Le tout arrive dans une nouvelle machine, une cardeuse. D’abord les fibres vont être alignées, parallélisées (comme lorsqu’on peigne des cheveux) en passant dans une première cardeuse. Il en sort une nappe de laine. Celle-ci passe dans une seconde cardeuse plus fine et la nappe qui en sort est découpée en 60 lanières qui, par le frottement des rouleaux dans lesquels elles vont suivre leur chemin, vont commencer à faire un fil, le premier, très cassant.

Pour donner de la résistance au fil, l’allonger légèrement, lui donner de la finesse et de la régularité, il faut le retordre. D’abord un brin est retordu. Ce qui donne un fil un brin très fin.

Ces fils fins vont être assemblés ensemble et retordus sur une assembleuse retordeuse afin d’obtenir la grosseur voulue. Dans notre cas, 3 fils et 6 fils seront retordus ensemble pour avoir deux tailles de fils à tricoter.

Dévidage

C’est l’opération pour former les écheveaux.

Lavage

Les écheveaux sont lavés pour enlever les produits d’encimage et différentes poussières ou reste de filature.

Ils vont soit être mis tout de suite à sécher si la laine n’est pas teintée. Sinon ils partent à la teinture.

Teinture

Là les écheveaux trempent dans des bains de teinture soigneusement préparés pour obtenir les couleurs souhaitées.

Vaporisage

Les écheveaux passent ensuite dans un autoclave où ils reçoivent un bain de vapeur très chaud qui donne du gonflant à la laine, et fixe également les torsions (dans le cas de fils très retordus).

Présentation de la laine

Les écheveaux peuvent être vendu en écheveaux tel quel, ou être mis sur cônes (opération de bobinage) ou encore être mis en pelotes

Ils seront préalablement mis en “gâteaux”. Car il est impossible passer directement de l’écheveau à la pelote car sur l’écheveau le fil est un peu “embrouillé” et ne se dévide pas régulièrement. Puis il est mis en pelotes à partir des gâteaux. C’est là qu’il faut faire des nœuds pour travailler un plus long fil (pour celles qui comme moi se demandent d’où viennent le nœud que l’on peut découvrir dans une pelote).

Pourquoi avons-nous choisi de travailler avec Fonty ?

D’abord nous voulions travailler avec une filature française pour participer à l’art de la laine en France, là où les filatures sont maintenant bien rares.

Nous avons décidé de travailler avec cette filature pour la qualité de son travail mais aussi pour son soucis de protection de l’environnement.

Ils lavent avec l’eau du Cher qui passe à côté de la laverie installée depuis 1880 dans un ancien moulin. Le test de l’eau fait à la sortie de la filature montre une eau plus pure qu’en amont. Ils ont une station d’épuration écologique à base de roseaux.

Nous avons pris le temps de discuter avec le responsable de la filature sur la question de colorants végétaux. Ils ont déjà essayé, mais les résultats pour une industrie ne permettaient pas l’utilisation uniquement de colorant naturel pour colorer la laine. Effectivement, il n’y avait pas de reproductivité possible de la couleur et les couleurs tenaient mal. Ils ont dû trouver leur solution pour pouvoir maintenir un procédé industriel tout en faisant au mieux avec leur conviction. Ils parlent de teintures écoresponsables, en favorisant les produits naturels dès que c’est possible, en utilisant au maximum du savon noir pour le lavage. La filature cherche à ne plus travailler que des fibres pures et naturelles supprimant des gammes de fils.

De la toison des brebis aux pelotes de laine à tricoter : résumé en images

Images commentées par la filature

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